Mieux vaut se mettre d’accord avant d’agir ! C’est sûr, les individus qui partagent les mêmes convictions et agissent de concert ont plus de chances d’atteindre l’objectif commun. Comme dans un orchestre, il est essentiel de jouer à l’unisson pour atteindre le meilleur niveau de qualité.

Oui, mais… revenons un instant sur la gestation. Qui n’a pas rêvé d’être une petite souris dans la coulisse où se prépare un spectacle grandiose ? Nombreuses sont les possibilités tant dans le choix de la programmation, des artistes et interprétations à privilégier que des conditions logistiques, techniques, sans parler de plan média, de tarification…

Certaines organisations sortent du lot et c’est rarement là le fruit d’un consensus. A l’origine des grands succès, on trouve souvent des individus très motivés et compétents, qui avancent et entrainent d’autres dans leur mouvement.

Contrairement à ce que j’entends souvent dire en entreprise, ce n’est pas en fédérant toutes les idées que l’on réalise les meilleures productions. Imaginez un peu si vous étiez obligé d’utiliser tous les ingrédients de votre frigo pour inventer un nouveau plat !

Mieux vaut, pour innover, renoncer d’emblée au consensus et cultiver l’originalité.

Vous n’êtes pas tout à fait convaincus ? Alors, développons un peu l’argumentation.

Il existe deux types de consensus :

  • Le premier cas est celui du consensus réel : les individus sont tous d’accord entre eux, avant ou après une  discussion. Cette situation traduit, soit une absence de problème réel (la solution étant évidente), soit un manque cruel de diversité ou d’originalité au sein de l’équipe. Mais où sont les esprits déviants capables de bousculer les normes et de faire progresser l’innovation au sein de l’organisation ?
  • Le deuxième cas, sans doute plus fréquent, est celui du consensus apparent : les individus prétendent être d’accord avec l’opinion perçue comme dominante. Dans la plupart des groupes humains, les individus ont tendance à rechercher l’approbation des autres et, réciproquement, à manifester leur sens coopératif. C’est le besoin d’appartenance. C’est également une nécessité pour progresser dans une organisation hiérarchique.

Les personnes, qui s’éloignent trop du consensus (réel ou apparent) doivent faire face, bien souvent, au scepticisme de leur pairs. C’est une posture délicate à maintenir dans la durée. A quelques exceptions près, l’auto-censure prend vite le relais de la force de conviction…

Il incombe donc aux managers de soutenir et de stimuler les personnes capables d’innovation. Plusieurs techniques de management existent pour cela, par exemple, la technique du binôme car il est beaucoup plus aisé de porter une initiative originale à deux que seul. Encore faut-il que ces mêmes managers soient conscients du phénomène.

Or, beaucoup de managers ne perçoivent pas le pouvoir gravitationnel du consensus. Peut-être même êtes-vous de ceux là… Vous me direz certainement qu’il y a, dans toutes vos réunions, des débats, des questions et des sujets soumis à approfondissement. C’est vrai, mais quelle est la part du temps de réunion consacrée à produire, développer et enrichir des idées nouvelles ? Souvent, les réunions visent davantage à obtenir le consensus et l’engagement. Mon point est que ce n’est pas toujours pertinent. Mieux vaut, pour bien réfléchir, cultiver les divergences et envisager plusieurs scénarios. Si l’on en juge au nombre et à la diversité des idées produites, c’est même une évidence.

Il est difficile, pour les individus, de s’écarter du consensus, c’est un fait. Certains y parviennent néanmoins et avec brio. Nicolas Copernic, Louis Pasteur, Thomas Edisson, Nelson Mandela, Elon Musk…  la liste serait longue ! Nous avons même tendance à porter aux nues ces héros audacieux qui font progresser l’humanité, en mettant en question les normes de leur époque.

Il est donc possible — voire désirable — de s’écarter du consensus, pour apporter au monde (ou à son organisation) une contribution originale, mais cela ne va pas sans effort ni sans risque.

Alors, la prochaine fois que vous devrez prendre une décision importante, redoublez de vigilance. Si tout le monde autour de vous semble d’accord, c’est peut-être mauvais signe. Vous regardez votre montre et vous dîtes peut-être que vous allez passer à autre chose. Pourtant, une voix discordante s’élève : « et si, l’on voyait les choses autrement », « et si, l’on faisait différemment… », « Et si… ». Allez-vous l’écouter ? Quelle place lui accorderez-vous ?

Hélène Huberty, Fondatrice de Learning addict