L’expérience nous enseigne ce qui fonctionne, ce qui réussit, ce qui se vend. Aussi a-t-on tendance, par souci de sécurité, à adhérer à l’expérience alors même que nous invoquons la nécessité d’innover.

C’est un phénomène souligné notamment par Edward de Bono. Dans son ouvrage, La Boîte à Outils de la Créativité (1), il explique que la créativité basée sur l’expérience prend trois formes :

  • Le premier stade consiste à habiller de nouveauté une trouvaille ancienne, astucieusement remise au goût du jours. Cette méthode est souvent utilisée dans les stratégies de différenciation par le produit, dans la concurrence classique.
  • Le deuxième consiste à décliner un concept qui a réussi en plusieurs versions, à l’instar du film Rocky (Rocky I, Rocky II, etc.)
  • Le troisième combine fractionnement puis réaménagement, tels que les produits financiers offerts en bloc au consommateur, quitte à être séparés et regroupés sous une autre présentation suivant les besoins du marché.

Attention, nous dit E. de Bono, à ce type de créativité qui privilégie la sécurité : elle cherche à réitérer les succès précédents, mais l’idée innovante est rarement au rendez-vous, car elle est vite rejetée sous prétexte qu’elle ne présente pas de garantie de succès. Et de citer à son tour Sam Goldwyn (ci-après).

L’idéal serait une vraie nouveauté bien rôdée et sans surprise.

Sam Goldwyn

Au sein de votre entreprise, vous vivez peut-être également cette injonction paradoxale. Il vous faut innover, tout en démontrant, à toutes les étapes de votre réflexion, la création de valeur à la clé du processus. Vous avez alors tendance pour rassurer vos interlocuteurs à faire du benchmarking, à rechercher des modèles existants, à vous référer à des expériences similaires, à associer des parties prenantes à vos séances de brainstorming ou de prototypage pour valider au plus tôt la pertinence de vos idées. Ce faisant, vous risquez surtout de réduire considérablement votre champ de réflexion, vous privant de nombreuses possibilités.

Pourquoi ne pas essayer plutôt de négocier vos marges de manœuvre (objectif, temps, ressources), ainsi qu’un niveau de perte acceptable pour votre entreprise ? Rien n’effraie plus que l’incertitude. Il n’y a pas d’innovation sans un minimum de prise de risques, mais celui-ci peut être limité d’un commun accord avec l’équipe de management.

(1) La Boîte à Outils de la Créativité, Edward de Bono, Ed. Eyrolles. Voir page 83, l’Expérience, édition 2004.